AmendementMatteï, avis de tempête sur le marché de l’art !
30.10.2025
Par Loris Aumaitre
Voici donc le dernier petit bijou façonné à la main par l’Assemblée Nationale : l’impôt sur la “fortune improductive”.
Fin octobre, les députés ont adopté l’amendement Matteï élargissant l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) aux éléments jugés improductifs, grâce aux voix conjuguées du MoDem, du PS et du RN. Une alliance pour le moins baroque, qui en dit long sur le désarroi ambiant de nos décideurs politiques.
L’ancien impôt intégrera désormais les biens dits « dormants » : métaux précieux, voitures de collection, bateaux de plaisance, assurances-vie et…roulement de tambour… les œuvres d’art.
À force de bricoler la fiscalité dans tous les sens, le législateur entretient une instabilité chronique. Les grandes galeries parisiennes avaient déjà dû batailler en 2023, pour éviter une hausse du taux préférentiel de TVA sur les ventes d’œuvres d’art. Avec ce nouvel impôt, ce ne sont plus plus les galeristes et le professionnels, mais bien le collectionneur français qui paiera la facture.
On imagine souvent l’amateur d’art comme un riche bourgeois écumant les vernissages. Rappelons qu’une grande partie des lots vendus à Drouot ne dépasse pas 500 euros. La plupart des galeries proposent des œuvres accessibles, loin des prix stratosphériques d’Art Basel.
Le patrimoine français ne se conserve pas seulement dans les musées, mais aussi chez des amateurs privés, bien souvent plus modestes qu’on ne le croit : des amoureux, des érudits, des passionnés d’art ancien. Ces collectionneurs ne spéculent pas, ils restaurent, entretiennent et documentent à leurs frais, des œuvres trop humbles pour les musées et les institutions publiques.
Les alourdir fiscalement, ce serait décourager des passionnés qui rendent, souvent sans le savoir, un véritable service culturel au pays. Plutôt que de les taxer davantage, ne faudrait-il pas soutenir leur rôle essentiel dans la préservation et la transmission de notre patrimoine ?
Au fait, c’est quoi un bien improductif ? Tout dépend de la manière dont on le regarde. Ce qualificatif n’a en réalité aucun sens économique. En voulant récupérer de l’impôt sur quelques super-privilégiés, l’Assemblée risque de pénaliser des industries qui fonctionnent. Dans une toute autre activité par exemple, nous disposons en France d’un savoir-faire naval reconnu dans le monde entier qui fait le succès d’entreprises comme Bénéteau. Entre la construction des voiliers, l’entretien, la réparation, l’amarrage,chaque euro dépensé génère de la TVA, des salaires et de l’activité économique.
Dans le domaine de la culture, derrière chaque œuvre d’art se cache aussi un écosystème fragile : des artistes, des encadreurs, des restaurateurs, des transporteurs spécialisés. Ce sont des métiers anciens que l’on voit disparaitre peu à peu, mais qui font parti intégrante du patrimoine culturel et économique français.
N’y a t-il pas d’autres moyens pour faire vivre la peinture et la sculpture. La location d’œuvres, par exemple, se développe et permet à des particuliers de dynamiser à la fois la création et l’économie.
L’ironie, c’est qu’en votant cet impôt, nos décideurs risquent de fragiliser un des rares marchés où la France excelle encore. Paris est en passe de redevenir la première place mondiale pour la vente d’œuvres d’art, et cela après des années de crises et un épisode Covid dévastateur. Ce nouvel impôt pourrait briser cet élan. Sous le prétexte de justice fiscale, les députés confondent richesse patrimoniale et richesse productive au détriment de la création, du savoir-faire et de l’économie réelle.